LUDOVIC ALUSSI

Photographe

Sous la forme traditionnelle de vanités, Ludovic Alussi décline ses « embouteillages » : une série de photographies mettant en scène des bouteilles en plastique. Des métaphores sur notre rapport à la nature et à ses ressources, qui font appel aux codes visuels de la publicité

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Ludovic Alussi est né à Paris en 1973. Sorti major de l’EFET (école supérieure de photographie) en 1997, il intègre tout de suite le prestigieux studio parisien Rouchon où il apprend à mettre en scène et en lumière les objets inanimés.

Ce travail en studio devient sa spécialité. Il compose ainsi des formes contemporaines de natures mortes pour des marques prestigieuses (Philippe Starck, Hermès, L’Oréal…), la presse (Le Monde, Télérama, Libération…), mais également des artistes et des artisans.

Vanité blanche, 2016
Tirage lambda sur Dibond, 60 x 90 cm
1200 €

Ses travaux artistiques puisent dans la dialectique publicitaire mais, s’il en convoque les codes, c’est pour mieux les détourner : il n’y a pas d’étiquette sur ces emballages, le produit se livre tout nu au spectateur, comme inutile. L’absence éloquente de toute marque ou slogan commercial nous oblige ainsi à considérer l’objet comme un archétype. Une bouteille universelle, qui représente toutes les autres.

La bouteille en plastique symbolise le conditionnement, mais également l’indifférence du public face au phénomène de la surconsommation. Nous les supposons éphémères et nous en jetons des milliards de tonnes alors que nous pourrions les utiliser des centaines de fois. Mais le produit doit toujours se présenter à nous dans sa plus froide perfection.

La composition de ces photographies fait référence aux vanités hollandaises. Ludovic Alussi y a trouvé le moyen d’attirer l’attention du spectateur sur la beauté de la bouteille – magnifiquement éclairée et « photoshopée » – tout en lui donnant une portée métaphorique.

Les maîtres flamands du Siècle d’or évoquaient la fatuité humaine en dépeignant ses plus beaux atours : du cristal, de la porcelaine, de l’orfèvrerie… La bouteille en plastique est une mise à jour de ce discours moral. Elle accuse en silence le confort et l’indifférence des consommateurs qui sont responsables de ce gâchis à grande échelle.

L’Huile, 2017
Tirage lambda sur Dibond, 60 x 90 cm
à partir de 1200 €

Ce rapprochement surréaliste piège notre regard. L’image veloutée et le tirage très mat donnent un aspect pictural à ces photographies. « Vanité blanche » se joue du spectateur en ne présentant quasiment que des objets factices en plastique ! D’autres imitent les natures mortes anciennes en se déclinant en série – Lait/ Vin/ Eau/ Huile, comme on représentait autrefois les Saisons ou les Vertus – et soulèvent des questions de production en série, de savoir-faire, de valeur… Car qu’ont de commun ce buste de Dante et cette bouteille de Villageoise ? Ce pot à crème et cette bouteille de lait ?

Le Lait, 2016
Tirage lambda sur Dibond, 60 x 90 cm
à partir de 1200 €

Dans une démarche voisine, Ludovic Alussi entreprend de « mettre le monde dans une bouteille ». Sa série Embouteillages provoque les consciences en se plaçant à la frontière entre le monde vivant et le bien de consommation. Par un simple effet de trompe-l’œil (pas de montage numérique ici), il accumule des produits de grande consommation dans un packaging inapproprié. Qu’y a-t-il de choquant là dedans ? L’artiste soulève la question…
L’emballage, et son design étudié, est le paradigme de notre système de consommation : une société focalisée sur les attentes du consommateur et dans lequel l’animal est pressurisé, considéré en tant que simple ressource. C’est ce qu’évoque les contorsions claustrophobiques des embouteillages : un conditionnement contre-nature.

Ces compositions rappellent les maquettes des marins « botellistes » dont la démarche n’était pas non plus exempte d’un certain surréalisme. Grâce à son artisanat méticuleux, l’homme réalisait l’impossible en faisant entrer un navire dans une bouteille qui n’était pas prévue pour l’accueillir.

Les animaux marins sont les premières victimes de la sur-consommation de plastique. Il était logique que les poissons soient les premiers à prendre place dans ces bouteilles. Ludovic est sidéré par l’indifférence dans laquelle se forme le « septième continent », ces amoncellements de déchets rassemblés en haute mer par les courants. Les bouteilles en plastique envahissent nos mers ? Par un effet de vases communicants, ce sont les poissons qui envahissent ici les bouteilles. Et pourquoi pas des plantes et des mammifères ?

Sardines, 2016
Tirage lambda sur Dibond, 60 x 40 cm
700 €

Toutes les photographies de Ludovic Alussi sont tirées en 5 exemplaires, sur papier Epson contrecollé sur Dibond. Elles peuvent être commandées encadrées, dans des caisses américaines en bois noirci

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