L’État et l’Art contemporain en France

Panorama des procédures d’acquisition, de commande publique, d’aide à la création contemporaine et présentation des principaux acteurs (DGCA, CNAP, Institut français, DRAC, musées et centres d’art)

Ministere Culture Rue de Valois Buren

Les pouvoirs publics français se distinguent par un interventionnisme important dans le domaine de la création contemporaine. Si cet intérêt de l’Administration pour l’Art est parfois critiqué d’un point de vue théorique (controverse sur « l’Art officiel ») ou d’un point de vue pratique (« mille-feuille » de la commande), le dispositif affiche néanmoins un bilan honorable qui nous est envié à travers le monde.

Acteur influent de l’affirmation du concept « d’exception culturelle » en Europe, la France subventionne la création contemporaine au nom des principes de démocratisation de la culture, d’aménagement du territoire, de diversité de la création, ou de protection sociale des artistes.

Si la politique culturelle française demeure assez centralisée, l’État s’appuie de plus en plus sur des établissements publics auxquels il délègue certaines de ses prérogatives. Depuis les années 80, les « Centres d’art » et surtout les DRAC ont permis aux artistes d’essaimer leur travail à travers le territoire et les acquisitions publiques se sont imposées comme des repères incontournables dans l’avancement d’une carrière artistique.

Notre dossier synthétise ces différents mécanismes en se focalisant sur le domaine des arts « plastiques et visuels » (à l’exclusion du spectacle vivant, de l’architecture et de l’industrie culturelle)

1. Services centralisés (la DGCA, le CNAP et l’Institut Français)
2. Services déconcentrés et décentralisés (les DRAC et les collectivités locales)
3. Établissements publics ou bénéficiant de subventions (les musées et les centres d’art)

Conference Institut Français Lyon

Conférence de l’Institut Français au MAC Lyon, le 09/09/15 (tous droits réservés)

LES SERVICES CENTRALISÉS

Le Ministère de la Culture

La Direction Générale de la Création Artistique (DGCA) est l’organe d’impulsion, de direction et d’inspection de la politique culturelle en matière d’art contemporain.

Le Ministère a un rôle prépondérant en matière de « commande publique nationale », mais délègue le plus souvent le suivi opérationnel au Centre National des Arts Plastiques et aux Directions Régionales des Affaires Culturelles (cf infra)

En tant qu’organe de tutelle, le Ministère nomme les dirigeants des DRAC, des établissements publics, musées, écoles d’art et participe à l’organisation d’évènements publics (festivals, biennales, etc.)

Le DGCA compte deux corps d’inspection :
-> l’Inspection générale des affaires culturelles : en charge de l’audit des organismes subventionnés
-> l’Inspection de la création artistique : qui a surtout une fonction de conseil (scientifique, technique, pédagogique)

Liens :
-> site web de la DGCA pour les Arts plastiques
-> page dédiée aux appels à projets, résidences et concours

Le Centre National des Arts Plastiques (CNAP)

Créé en 1982, le CNAP est l’acteur économique de la vie artistique : c’est un relais opérationnel pour le Ministère de la Culture.

Le CNAP est en charge du Fond National d’Art Contemporain (FNAC) quil enrichit par des acquisitions ou des commandes et qu’il fait connaître par des mécanismes de prêts et de dépôts dans tous types d’institutions.

Les acquisitions

Chaque acquisition est validée par une commission nationale consultative composée de membres de l’Administration et de personnalités indépendantes choisies pour leur qualification. Les artistes ou leurs galeries peuvent postuler aux commissions « ouvertes », tandis que les commissions dites « fermées » sont réservées à l’examen des propositions des membres et rapporteurs.

La politique d’acquisition obéit à deux objectifs :
soutenir la jeune création (chaque année, une centaine d’artistes bénéficient pour la première fois d’une acquisition),
constituer des ensembles patrimoniaux cohérents, afin de mettre en évidence l’évolution des parcours ou des mouvements.

Les donations sont un autre moyen d’enrichissement du fonds. Leur multiplication ces dernières années s’explique par le mécanisme de la dation en paiement (qui permet aux contribuables de s’acquitter de certains impôts par la donation d’œuvres d’art).

La commande publique

La commande publique désigne toutes les œuvres dont la réalisation est financée par des fonds publics et dont l’initiative émane d’un pouvoir public. Ces créations ont pour vocation d’enrichir le patrimoine national et d’offrir une visibilité à l’art contemporain, le plus souvent en dehors des institutions spécialisées.

Les initiatives émanent du Ministère de la Culture, du CNAP, des collectivités territoriales, des centres d’art, des établissements publics ou même des associations. Elles ont souvent pour objectif de faire dialoguer la création contemporaine avec notre patrimoine historique, dans des domaines parfois expérimentaux (création éphémère et immatérielle par exemple).

-> La Commande publique nationale bénéficie d’un budget annuel d’environ 900 000 €. Les projets sont soumis à l’avis d’une commission nationale de la commande publique sur la base d’études de projet. Tous les documents préparatoires viennent enrichir le FNAC.

-> La Commande publique déconcentrée désigne les projets issus de demandes locales. Elles sont traitées par les DRAC (voir infra)

Conservation et diffusion

Les réserves principales du CNAP sont abritées sous l’esplanade de La Défense dans un bâtiment de 4500 m2 et divers espaces de stockage situés en banlieue parisienne. En raison de la diversification des matériaux employés par les artistes contemporains, le CNAP mène d’importantes recherches sur la conservation des nouveaux média. Il documente également les œuvres du fond (plus de 20 000 œuvres sont aujourd’hui accessibles en ligne sur le site videomuseum.fr) et co-édite des ouvrages sur la création contemporaine.

Ne bénéficiant pas de lieu d’exposition qui lui soit propre, le CNAP prête et dépose les œuvres du FNAC auprès de diverses institutions, administrations, musées, centres d’art, écoles, ou même des entreprises. En 2014, ce sont 650 œuvres qui ont ainsi pu être nouvellement exposées, pour un total d’environ 53 000 œuvres confiées à plus de 4 500 dépositaires.

Le Fonds d’Incitation à la Création (FIACRE)

Le CNAP propose onze dispositifs destinés à participer au financement de projets artistiques. Les dossiers sont instruits par des commissions nationales consultatives spécialisées.

Elles concernent les artistes (financement d’un projet, soutien exceptionnel en cas de difficultés financières, avance à la production d’une œuvre photographique documentaire), les galeries (soutien à la première exposition, ou la première publication, avance pour la production d’une œuvre ou la participation à une foire à l’étranger), les éditeurs (éditions imprimées et numériques), les producteurs (pour des projets dédiés aux nouvelles écritures et pratiques cinématographiques), les restaurateurs (soutien en matière de recherche) ou les théoriciens et critiques d’art.

Quelques chiffres :
-> Le budget global du CNAP en 2014 était d’environ 9,7 millions €.
-> Le FNAC compte aujourd’hui plus de 95 000 œuvres.
-> En 2014, le CNAP a acquis 271 œuvres pour un montant de 1,5 millions € environ.

Liens externes :
-> Le site du CNAP offre d’innombrables informations sur la création contemporaine (de 400 à 600 événements recensés en moyenne par semaine, annuaires, conseils techniques…)
-> Rapport annuel 2014 du CNAP
-> Publication « 196 résidences en France »
-> Publication « 140 aides privées et publiques »

L’Institut français

Établissement public créé en 2011, l’Institut Français est placé sous la tutelle du Ministère des Affaires Étrangères. Il ne rassemble aucun fonds d’œuvres d’art, mais offre aux artistes français la possibilité d’être diffusé à l’étranger et organise des échanges pour tous les professionnels de l’art. Il s’appuie sur un extraordinaire réseau international (96 Instituts français et 445 Alliances françaises)

L’Institut Français aide ainsi les artistes français à financer leurs séjours à l’étranger. Parmi ses nombreux programmes, nous pouvons citer par exemple :
– le programme franco britannique FLUXUS
– le fonds Perspektive franco-allemand
– la résidence à la villa Kujoyama au Japon
– le programme « Hors les murs »
– le Triangle Studio Program à New York
– les Résidences américaines à travers les États Unis

Il contribue également à la mise en place de réseaux, notamment entre les centres d’art (plateforme curatoriale PIANO avec l’Italie) ou entre les écoles d’art (programme Entr’Écoles). De même, le programme Focus s’attache à faire venir des professionnels étrangers pour découvrir la scène française.

Il co-produit également des prix et des foires d’art contemporain à l’étranger (la Biennale de la photographie de Bamako est financée à 50% par ces fonds en 2015).

Quelques chiffres :
-> L’Institut Français est financé à 66% par des subventions
-> Son budget total était d’environ 31 millions d’euros en 2014
-> Il a dédié 1,8 millions d’euros aux échanges dans le domaine des arts visuels en 2014

Liens :
-> Site web de l’Institut Français
-> Rapport d’activité 2014

NB l’Académie de France à Rome (Villa Médicis) est sous tutelle du Ministère de la Culture depuis 1968. Elle accueille chaque année diverses promotions de pensionnaires (recrutés sur concours) et de lauréats (sélectionnés en partenariat avec l’Association nationale des écoles supérieures d’art)

commande publique collectivites locales

Photo Christophe Petit

 

LES SERVICES DÉCENTRALISÉS ET DÉCONCENTRÉS

Les Directions Régionales des Affaires Culturelles (DRAC)

Créées en 1982 par Jack Lang, les DRAC sont des services déconcentrés du Ministère de la Culture dont les statuts sont très diversifiés (associations loi de 1901 pour la plupart). Financées par l’État, les régions et diverses collectivités territoriales, elles sont chargées des mêmes missions que la CNAP, mais à un échelon régional. Elles constituent un patrimoine d’art contemporain par des acquisitions et des commandes publiques : le Fonds Régional d’Art Contemporain (FRAC).

Le directeur impulse une orientation artistique et fait des propositions à un comité technique d’acquisition composé d’experts et de divers professionnels de l’art contemporain.

À l’origine dépourvues de lieu d’exposition, les DRAC exposent leur fonds par l’intermédiaire de partenaires qu’elles subventionnent (musées, centres d’art, écoles d’art, etc.) Mais, depuis peu, les « DRAC nouvelle génération » se dotent de lieux d’exposition (c’est le cas dans les villes de Bordeaux, Rennes, Orléans, Besançon, Dunkerque et Marseille).

Les offres de soutiens, partenariats et autres programmes de résidence diffèrent d’une région à l’autre. Elles sont à découvrir sur les sites web de chacune des DRAC.

Depuis 2005, les vingt-trois FRAC se sont organisées en une association nationale « Platform » qui organise des évènements en commun, notamment à l’étranger.

Quelques chiffres :
– Avec plus de 25 000 œuvres de 4200 artistes, les collections des FRAC représentent le troisième ensemble public d’art contemporain en France (après ceux du CNAP et du Centre Pompidou)
– Chaque année, un tiers de leurs œuvres sont présentées au public, ce qui fait des FRAC les collections les plus diffusées de France (environ 400 expositions et 1300 actions d’éducation)
– Dans le projet de loi de finances 2015, le budget « création » alloué aux arts plastiques s’élève à 18,5 M€.

Liens externes :
-> Le portail d’accès unique aux collections : un bel outil créé en 2013
-> Décret du 8 juin 2010 établissant les missions et le régime des DRAC
-> Liste des DRAC par région
-> Site web de l’association Platform
-> Livret de présentation édité par l’association Platform
-> Une étude très critique dressée en avril 2013 par le think tank libéral IFRAP

Les collections des collectivités locales

Les collectivités locales sont également de grands collectionneurs d’art contemporain. Elles s’y adonnent de leur propre initiative ou sous l’effet de réglementations ou de créations d’organismes délocalisés qu’elles sont amenées à financer en partie.

La règle du « 1% artistique » a ainsi contraint les collectivités à consacrer 1% du montant des travaux de construction ou de rénovation des bâtiments publics à la création d’une œuvre d’art contemporain.

En 2013, les collectivités compteraient plus de 86 000 œuvres* commandées aux artistes en plus du « 1 % artistique ». S’ajoutent à cela les décorations de ronds-points que les communes ornent souvent d’œuvres d’art contemporain.

Elles participent également à une partie du financement des acquisitions de la cinquantaine d’artothèques depuis qu’elles ne sont plus subventionnées par le Ministère de la Culture (ces organismes permettent le prêt d’œuvres d’art contemporain, à la manière des bibliothèques).

Parmi les collectivités qui se sont dotées d’une administration culturelle active, nous pouvons citer par exemple :
-> Paris et son FMAC (Fonds municipal d’art contemporain) dont le budget annuel d’acquisition s’élève entre 150 000 et 200 000 euros*.
-> Marseille et le FCAC (Fonds communal d’art contemporain), riche d’environ 1000 œuvres, avec un budget annuel d’acquisition de 30 000 euros en 2011 et 2012*.
-> certains départements s’illustrent aussi par leur nombreuses acquisitions (Seine-Saint-Denis, l’Ille-et-Vilaine, la Dordogne, l’Essonne, Bouches-du-Rhône…). Le fonds départemental le plus connu est celui du Val-de-Marne, agréé depuis 1999 par le Conseil artistique des musées et qui s’est fait construire un musée : le MAC/VAL

* Source : étude Ifrap 2013

commande publique centre pompidou

Vue partielle du Centre Pompidou de Renzo Piano, tous droits réservés

LES ÉTABLISSEMENTS PUBLICS OU SUBVENTIONNÉS

Les musées d’art contemporain

Les musées ont, en France, des statuts juridiques et des sources de financement aussi divers que variés. En dehors du Centre Pompidou qui appartient à la catégorie des « musées nationaux », les politiques d’acquisition des musées d’art contemporain dépendent donc de leur statut et ne sauraient faire ici l’objet d’un examen détaillé.
-> Voir la liste des musées d’art contemporain proposée par Wikipedia

Contrairement au modèle anglo-saxon, les acquisitions des musées sont encore largement subventionnées en France. Les collections d’art contemporain en région se retrouvent ainsi le plus souvent alimentées par les FRAC. Mais, il est particulièrement notable dans notre domaine que la part des financements privés, des donations et des opérations de mécénat de type « sociétés d’amis » gagnent aujourd’hui du terrain.

Focus sur le MNAM (Centre Georges Pompidou)

Principale collection en Europe, le Centre Pompidou totalise plus de 100 000 œuvres et organise des évènements d’ampleur internationale en accueillant notamment chaque année une exposition monographique d’un artiste contemporain.

Établissement public à caractère administratif placé sous les tutelles des Ministères de la Culture et du Budget, il bénéficie de subventions, mais aussi de ressources propres (droits d’entrées, partenariats, mécénat…).

Le Projet pour l’Art Contemporain du Centre Pompidou créé en 2002 s’est spécialisé dans les acquisitions d’artistes vivants, de même que le Groupe Perspective, qui s’adresse aux adhérents de moins de 40 ans et d’autres sections spécialisées dans diverses régions du monde.

Les centres d’art

Les centres d’art sont les acteurs les plus expérimentaux du paysage institutionnel : véritables tremplins pour les artistes, ils proposent des services de diffusion (expositions, édition, médiation) et de création (résidences, soutien à la production d’œuvres, etc.)

Quarante-neuf d’entre eux se sont organisés au sein de l’Association française de développement des centres d’art. Nous pouvons citer par exemple : le Palais de Tokyo et le Jeu de Paume à Paris, le CREDAC d’Ivry, la Synagogue de Delme, la Criée de Rennes, la Bastille à Grenoble, la Villa Noailles à Hyères, etc.

Les premiers centres d’art ont été créés dans les années 1970, souvent en consolidant des lieux déjà existants ou des projets portés par les collectivités locales ou par le secteur privé. Leurs statuts sont divers : établissements publics, fondations, associations… En majorité subventionnés par des fonds publics (DGCA, DRAC, collectivités…), ils se distinguent des musées par le fait qu’ils n’abritent, en théorie, pas de collection permanente… mais certains d’entre eux ont un statut hybride (le Plateau à Paris ou l’Institut d’Art Contemporain à Villeurbanne sont aussi des FRAC).

Liens :
-> site de l’Association française de développement des centres d’art
-> liste wikipedia des centres d’art en France

Focus sur le Palais de Tokyo

Créé en 2002, le Palais de Tokyo se définit lui-même comme un « anti-musée par excellence, une friche rebelle ». En 2012, il devient l’un des plus grands sites dédiés à la création contemporaine en Europe, avec une superficie qui passe de 8 000 m² à 22 000 m².

Le Palais de Tokyo est autofinancé à 60 %.
En 2014, il a reçu environ 6,7 millions d’euros de subventions.

Liens :
-> Site web du Palais de Tokyo
-> Rapport d’activité 2014